LE café justicia symbole de la résistance maya

Au Guatemala, où poussent certains des meilleurs cafés au monde, les terres sont le théâtre de luttes pour la justice sociale et environnementale.

Dans ce contexte, le Comité Paysan de l’Altiplano (CCDA) a développé une initiative unique, le Café Justicia, qui allie production durable et défense des droits des peuples mayas.

Rendre justice aux peuples mayas persécutés 

Au Guatemala, les communautés mayas et paysannes ont subi de nombreux épisodes de spoliation et de persécution. Dans les années 1980, en pleine guerre civile, elles sont victimes d’un génocide et d’une politique de la terre brûlée.

C’est dans ce contexte de violence inouïe que le CCDA émerge pour défendre leurs droits. Aujourd’hui, présent dans 20 des 22 départements du pays, cette organisation de base poursuit inlassablement son combat pour le “bien-vivre”.

« Aujourd’hui, nous défendons les droits de l’homme, le droit à notre territoire, à la Terre Mère, et nous proposons également une initiative économique et productive ainsi qu’une participation politique active. Celle-ci encourage l’inclusion des femmes et des jeunes dans ce que nous construisons : c’est-à-dire le buen vivir. »
— Neydi Morales

Signés en 1996, les Accords de Paix ont mis fin au conflit armé. Pourtant, de nombreuses terres spoliées n’ont jamais été restituées.

Depuis, le CCDA soutient les communautés dans leur lutte pour récupérer leurs terres ancestrales. En plus d’un accompagnement juridique et politique, l’organisation a réalisé des études anthropologiques pour démontrer à la Cour Constitutionnelle l’appartenance historique de ces terres. Son combat a permis de restituer près de 80 parcelles à 80 communautés.

Cependant, les défis demeurent nombreux et la violence persiste. Le crime organisé et la corruption progressent dans ces territoires et s’infiltrent dans les instances politiques. Dans les zones riches en ressources convoitées, de grands propriétaires terriens s’accaparent des terres en toute impunité. Le système judiciaire est souvent utilisé pour criminaliser et persécuter ceux qui défendent les droits à la terre.

En raison de leur mobilisation active, plusieurs membres du CCDA ont été assassinés, persécutés ou emprisonnés, et vivent sous une menace constante.

1.100

mandats d’arrêts visent les membres du CCDA.

1.000

conflits agraires en attente de résolution.

Défendre le droit à la terre face à la violence et la corruption

en première ligne pour lutter contre les violences de genre

La violence agraire envers les femmes est encore plus complexe. “Car nous vivons dans un État et un système patriarcal qui nous excluent, et qui nous ont historiquement exclues”, témoigne Neydi Morales. L’héritage de la terre est généralement attribué aux hommes premiers-nés. Alors que 70 % de la nourriture provient de l’agriculture familiale et que 80 % des initiatives agricoles sont gérées par des femmes, seulement 10 % d’entre elles bénéficient d’une garantie de possession de leur parcelle.

En 2014, le CCDA a créé la Commission Nationale de la Femme pour lutter contre les inégalités de genre systémiques. Le CCDA a également mis en place la certification,  “avec les mains des femmes”, pour valoriser non seulement leur travail en tant que productrices, mais aussi leur contribution réelle à la culture du café.

« Nous nous appuyons beaucoup sur une phrase de nos frères zapatistes : ‘si la femme avance, l’homme ne s’arrête pas ‘. »
— Neydi Morales

un symbole de résistance et de défense de la culture maya

Le Café Justicia est un véritable symbole de résistance pour les Mayas. Au Guatemala, le café est un produit issu de l’époque libérale (fin XIXe siècle) et fortement lié aux processus d’esclavage, de confiscation des terres, et de racisme envers les populations autochtones.

Au Guatemala, la faim et la pauvreté atteignent des niveaux alarmants. La mobilisation du CCDA pour la récupération et la préservation des terres nourricières est cruciale pour le développement et la souveraineté alimentaire.

« Pour nous, le Café Justicia n’est pas seulement un produit que nous vendons, mais aussi un outil de revendication de tous ces droits pour les populations qui ont historiquement possédé la terre et dont la main-d’œuvre a été exploitée pour faire croître ces produits d’exportation. »
— Neydi Morales
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